Mardi 4 novembre 2008


  

Qu’est ce que ça « CHANGE » pour nous ?


Alors que le temps s’égrène avant l’heure H, petit retour en arrière : Quid de la pléthore d’émissions et d’articles sur Barack Obama ces dernières semaines ? A en croire que les média Français dans leur ensemble en ont oublié le sens de l’objectivité, et cette objection toute simple : si ce n’est pas nous qui faisons cette élection outre-Atlantique, notre système de gouvernance n’a rien à voir ou presque avec celui des Etats-Unis, plus « présidentiel » que le notre. Il n’y a donc ainsi aucune comparaison possible.  Ajoutons à cela le mode de scrutin avec grands électeurs, les votes anticipés, la multitude de votes locaux parallèles (par exemple, alors que le reste des Etats-Unis n'a d'yeux que pour le duel Obama-Mc Cain, ce combat passe presque au second plan en Californie où le sort du mariage homosexuel, récemment légalisé, va être décidé le même jour par un référendum d'initiative populaire).

 

Osons cependant établir un lien entre l’élection US et ce que cela « Change » (pour reprendre le slogan du candidat démocrate) chez nous :

 

On ne peut ainsi occulter, face à l’engouement en France pour cette élection de l’homme le plus puissant du Monde, la question raciale. Ou -puisqu'on ne s’embarrasse pas dans l’hexagone du politiquement correct- le fait qu’un Noir puisse accéder à la fonction suprême.

 

Et là, je ne peux que m’incliner et être, je pense, légitimement consterné face à une hypocrisie aussi rondement menée dans un consensus de générale cécité !

 

On ressasse et salue ainsi à coups d’envoyés spéciaux et de billets dithyrambiques le parcours certes fulgurant du Sénateur de l’Illinois, quand, de notre côté de l’Atlantique, pas plus tard qu’il y a 6 ans, nous - citoyens Français - faisions accéder au deuxième tour de la présidentielle un candidat d'extrême droite aux idées nauséabondes.

 

Société sondagière oblige, notre chère presse en ces temps de véritable crise identitaire nous assure pourtant que « Les Français préfèrent Barack Obama à 86% !» (sondage BVA), quand la désignation d’un simple journaliste de JT de couleur noire il y a peu sur TF1 a fait couler beaucoup d’encre…

 

Mais restons en politique, nous reviendrons plus tard à notre chère lucarne : faut-il rappeler que sur les 520 000 conseillers municipaux, seuls 2000 sont issus de la diversité (ils étaient encore moins  avant les élections de mars dernier, 788 !)?

Rappelons également qu’il n’y a – hors DOM TOM – qu’une seule député Noire à l’Assemblée Nationale, et seulement 4 députés d’origine Maghrébine au Sénat (chiffre du CRAN). Plus on monte en responsabilité, plus la proportion s’amenuise. IL faut remonter à 1947 pour retrouver Gaston Monnerville, un Noir, qui présidait l’équivalent du Sénat, jusqu’en 1968 (cette date correspondant au début des émeutes raciales aux Etats-Unis…).

 

Simple constat historique : la présence en finale de Barack Obama est l’issue de 40 ans de combats pour les droits civiques aux Etats-Unis, quand cela fait 160 ans chez nous que ces questions raciales ne sont toujours pas réglées. Les manuels scolaires en sont l’édifiant exemple avec des pans entiers de la colonisation tout simplement zappés.  

 

On se regorge de la nomination de personnalités issues de la diversité au sein du dernier gouvernement Français. Mais parmi elles, aucune n’avait au préalable émergé par les urnes !

 

Le JDD, pas plus tard que le 02 novembre, posait la question suivante : « Et nous, pourrions-nous choisir un Président issu des minorités ethniques ?»  (remarquez comme le vocable « visible » jadis si à la mode a laissé place à celui de « ethnique », devenu soudainement plus fréquentable…).

 

A cette question - existentielle, avouons-le …- : 80 % affirment la main sur le cœur qu’ils pourraient voter pour un candidat Noir, 72 % pour un candidat d’origine Asiatique, et la proportion dégringole à 58 % pour un candidat d’origine Maghrébine. Cela étant suffisamment révélateur pour le JDD pour titrer qu’ « un Obama Français est possible » avec pour chapeau qu’« il n’y a pas de problème Noir ». On en regretterait presque de s’être levé le Dimanche pour lire pareilles énormités…

 

La seule vision d’une possible femme Présidente de la République a soulevé nombre d’indignations et de remarques plus ou moins amènes et intelligentes, je vous laisse imaginer la montée d’une Fatima ou d’un Boubakar… Si déjà le monde de l’Entreprise avait une politique plus juste et volontariste avec les jeunes des banlieues sacrifiés et laissés à l’abandon, ce serait déjà pas si mal…

 

Revenons à notre chère lucarne, chair maigre de la culture : ne serait-ce que dans la fiction télé Française, domaine qui me touche de plus près, pouvons-nous honnêtement oser (comme le souligne un excellent sujet de Libération aujourd’hui) la comparaison avec les Etats-Unis, où ce sont les séries télé qui, les premières, depuis 30 ans, ont rêvé d’un Noir ou d’une femme à la Présidence ?

 

Alors, qu’est-ce que cela « CHANGE »-rait pour nous si Barack -Hussein - Obama était élu ?

 

Un formidable vis-à-vis avec l’autre côté de l’Atlantique, qui nous obligerait à constater la formidable capacité des Américains - que l’on est si prompt à critiquer – à écrire et faire avancer l’Histoire.



Par Hicham Nazzal - Publié dans : Mes billets d'humeur - Voir les 1 commentaires
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